Arnaud Courteille, dix ans de bons et loyaux services

Arnaud Courteille, dix ans de bons et loyaux services

La garantie décennale va bientôt expirer. Au terme d’une réflexion longue, nourrie, personnelle et familiale, Arnaud Courteille a décidé de quitter les pelotons à la fin de la saison. Après dix ans dans la peau d’un coureur cycliste professionnel, le plus Normand des Mayennais, né dans la Manche et installé près de Laval, veut pleinement vivre sa vie de père de famille et embrasser une nouvelle carrière. Si les contours de son futur professionnel restent à dessiner, il est sûr de son choix et se réjouit des événements qui l’attendent : une fin de saison le cœur léger et un deuxième enfant, prévu pour décembre.

 

Champion de France Espoirs en 2008 au terme d’une année à étudier 37 heures par semaine, pour obtenir son BTS Travaux Publics, et à s’entraîner intensément l’été venu, « Nono » a parcouru un long chemin, toujours placé sous le signe du don de soi. Passé professionnel dans la foulée de son titre national, le natif de Saint-Hilaire-du-Harcouët a vécu une carrière pleine, riche en émotions et en succès collectifs.

 

«Cela m’a plu d’avoir ce rôle d’équipier auprès de leaders forts, confie le jeune papa de trente et un ans. Cinq titres de champion de France en sept ans, des étapes sur le Giro et sur la Vuelta, c’est exceptionnel. Dans mes jeunes années, je rêvais de devenir un coureur capable de remporter de belles courses mais il m’aurait fallu être meilleur physiquement. Je pense être dur au mal, capable d’encaisser beaucoup de choses mais je n’ai jamais eu un caractère de leader. En passant chez les professionnels, on ne côtoie que des bons coureurs et le vélo devient un métier, où l’on court avec un rôle défini. Grâce à ma carrière, j’ai eu la chance de faire des voyages comme je n’en avais jamais fait. L’Australie, le Canada, la Chine, le Gabon ou le Japon, ce sont des destinations où je n’aurais peut-être jamais mis les pieds sans être coureur.»

 

Passionné par son sport, amoureux des sensations que procure la pratique cycliste, Arnaud concède être un coureur de l’ancienne génération, davantage tourné vers l’entraînement plaisir que vers une approche scientifique uniquement axée sur la performance. «J’ai toujours aimé m’entraîner et c’est encore le cas aujourd’hui. Je suis rigoureux dans mes entraînements, passer des heures sur le vélo reste un plaisir mais j’aime m’adapter au terrain, monter les bosses à bloc et sprinter aux pancartes quand les jambes sont bonnes.» Il n’empêche. Arnaud est tout sauf dilettante. Avec sept Grand Tours au compteur (trois Giro et quatre Vuelta), le Mayennais a vécu une carrière sportive accomplie et sollicité son organisme jusqu’à l’extrême.

«Je me souviens avoir enchaîné Giro et Critérium du Dauphiné en 2015 et, étonnamment, avoir trouvé des ressources physiques que je ne soupçonnais pas. Une semaine après avoir terminé le Tour d’Italie, j’ai réussi à m’échapper à deux reprises et à décrocher des places d’honneur sur le Dauphiné. Je ne déclinais pas malgré la fatigue. Plus tôt dans la saison - et plus tard, aussi - je m’étais cassé la clavicule. Une blessure peut permettre de régénérer l’organisme et cette fraîcheur s’avère être un atout indéniable. C’est l’un des enseignements que j’ai tirés de ma carrière. C’est important de laisser le corps et la tête faire un break, parfois.»

 

Photos : Louis Legon 

 

L’écoute de soi, du temps pour les autres et un nécessaire discernement sont autant d’éléments clefs dans la carrière d’Arnaud… et dans son après-carrière, à l’écouter. «Après mon opération à l’artère iliaque, j’espérais sentir une vraie différence par rapport à mon niveau de ces dernières années. Or, l’amélioration n’a pas été si significative et je n’ai pas franchi de cap physiquement. Je pense avoir atteint mon meilleur niveau et mon statut au sein de l’équipe n’évoluera plus, désormais. Or, je n’ai pas envie de faire l’année de trop et de perdre l’envie de m’entraîner, à me faire botter les fesses en course. Aujourd’hui, j’aspire à prendre le temps de savoir ce dont j’ai vraiment envie et ce pour quoi je suis fait une fois cette page tournée. Avant d’en terminer avec le cyclisme professionnel, il me reste trois mois de compétitions et j’espère les vivre libéré mentalement, décomplexé et sans peur de prendre ma chance. La suite dépendra de mes envies, des opportunités et des formations sur lesquelles je pourrai m’engager. Je n’ai pas peur de retourner à l’école et je me vois bien faire un métier qui a du sens, dans le domaine de la santé ou du social, par exemple. Rien n’est encore figé et, avant de me jeter dans une nouvelle aventure professionnelle, je souhaite profiter pleinement de l’arrivée de notre deuxième enfant. Ludivine, ma compagne, m’a tellement soutenu pendant dix ans que je veux lui rendre cela. Je n’oublie pas que c’est toujours elle qui s’est levée la nuit pour s’occuper de Gaspard, notre aîné. Mon métier m’imposait de récupérer au maximum et de multiplier les déplacements, ce qui ne fut pas toujours facile à vivre. Pour accueillir « Numérobis », je serai là et ferai les sacrifices qu’elle a su faire toutes ces dernières années. C’est l’heure de lui rendre tout ce qu’elle m’a donné et de répondre présent pour la famille et les amis.»

 

Malgré un corps souvent meurtri (il s’est fracturé la clavicule à quatre reprises et le plateau tibial une fois), Arnaud garde de merveilleux souvenirs de sa carrière cycliste. «Les victoires de Nacer Bouhanni sur le Giro, la 7e place de Thibault Pinot au classement général de la Vuelta, la victoire au sommet de l’Angliru de Kenny Elissonde, mon copain de chambre… et cette arrivée à Bola del Mundo, à la veille d’en terminer ma première Vuelta. J’en avais pleuré sitôt la ligne franchie, dans les bras de mon soigneur. Le vélo m’a offert des émotions fortes, personnelles et collectives. La naissance du Vital Concept Cycling Club fut aussi une sacrée expérience, dans une ambiance unique et entouré d’un staff et de coureurs heureux de participer un tel projet.»

 

Après une fin de saison où il honorera jusqu’au bout les couleurs Glaz du B&B HOTELS - VITAL CONCEPT p/b KTM, le futur retraité sortira son vélo lorsque le cœur lui en dira, sur les bords de la Mayenne ou le long de la Loire, sur les chemins de halage ou dans des voyages itinérants, avec femme et enfants. Bon vent, cher Lieutenant. Et à très bientôt sur le bord des routes !

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